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30.03.2009

YAO FUXIN, une liberté contrainte

"Freedom" par lokarta

« Je ne regrette rien ». Ce sont les premiers mots de Yao Fuxin à la presse étrangère, à sa sortie de 7 années de prison pour subversion. L’ouvrier avait dirigé une série de manifestations contre la faillite frauduleuse d’une entreprise minée par la corruption. Il s’agit du plus important mouvement de protestation d’ouvriers chinois depuis la naissance de la République populaire, en 1949.
Des milliers d'ouvriers avaient été mis au chômage dans une usine metallurgique de Liaoyang (Nord-Est), le bassin industriel traditionnel de la Chine.
« Je n'ai rien fait de mal. Je n'ai fait qu'exercer mes droits, tels qu'ils sont inscrits dans la Constitution. Je n'ai fait que protéger les intérêts du pays et ceux du peuple, les droits légaux et les intérêts des travailleurs. C'était ma responsabilité, sinon qui l'aurait fait ? »

Les manifestations d'ouvriers comptaient alors jusqu’à 30 000 personnes. Yao Fuxin s’est fait rapidement arrêté. C’est sa fille, Yao Dan qui a su se faire adopter et conduire les cortèges d’ouvriers en colère.

Il fallut quelques mois au gouvernement chinois pour mater le mouvement.
Le gouvernement fit rapidement le ménage :  une commission d'enquête du Parti communiste fut envoyée sur place, et décida l'arrestation des dirigeants de l'entreprise dont les manifestants disaient qu'ils étaient corrompus.
Yao Fuxin, lui, croupissait toujours en prison. Mo Shaoping fut le seul avocat pékinois à accepter l’impossible mission de le défendre. L’avocat signera d’ailleurs plus tard la Charte 08 des dissidents chinois.

Le procès eut lieu à huit clos et sans témoin. Policier au cordon pour bloquer l’accès du palais de justice aux ouvriers venus soutenir leur ex-leader. Le procès fut vite expédié et le « dissident » fut condamné à sept ans de prison.

Mais derrière la condamnation de Yao Fuxin, le harcèlement de sa famille. ne se sont pas arrêtés avec sa condamnation. Une pression quotidienne qui a conduit la femme du syndicaliste à Pékin pour une action quasi suicidaire sur la place Tiananmen.

Pékin a pourtant signé le protocole des droits économiques et sociaux de l'ONU. Une avancée considérable sur le plan des droits de l'homme, sur le papier. C’est sans compter la réserve émise sur l'article le plus important :  la reconnaissance de la liberté syndicale. Pékin est prête à tout pour se prémunir de l'émergence d'un « Walesa chinois », que le PCC rend responsable de l'effondrement du camp soviétique.
Yao Fuxin est libre. Mais il sait qu’il n’a plus les moyens de l’ouvrir.

Stabilité sociale, 20 millions de chômeurs supplémentaires, et lui et lui et lui.

•    D'après un article de Pierre Haski sur Rue 89, publié le 21 mars 2009: http://www.rue89.com/chinatown/2009/03/21/liberation-de-y...

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